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avril 4th, 2011

Rungis la nuit

           

La semaine dernière, je me suis retrouvée à Denfert-Rochereau à 2h du mat. Non pas en robe et talons à la recherche d’un carrosse, mais en jean-Converse-pull confortable à la recherche du car qui m’emmènerait à Rungis. Les Vins d’Alsace avaient eu la riche idée d’inviter quelques bloggueurs et journalistes à une visite exclusive du saint des saints, ponctuée de dégustations.

Rungis pour moi c’était déjà un endroit mythique. Quand a une époque j’ai pensé à faire une école hôtelière, mon père m’a dit : “Les restaurateurs qui font bien leur boulot, ils commencent leur journée à 4h du mat à Rungis, c’est ça que tu veux?”. Donc dans ma tête, c’était à la fois le pays de Cocagne et un endroit réservés aux durs, aux vrais de vrais. Et faut dire que c’est pas de la rigolade : 232 ha de terrain, 12 000 personnes qui travaillent sur le site, 7,8 milliards d’euro de chiffre d’affaire, 1 450 000 tonnes de marchandises y transitent. Cet énorme site qui a remplacé les Halles de Paris dans les années 1970 est tout simplement le plus grand marché frais au monde. Autant te dire que les mecs qui bossent là-bas ne sont effectivement pas là pour la déconne.

           

Et ben j’ai pas été déçue du voyage!

2h30 : arrivée à Rungis, chacun est affublé d’une tenue de combat : blouse blanche, tablier et charlotte, la méga classe! De toute façon, vu ma tête à cette heure avancée, j’avais plus rien à perdre.

2h35 : visite de la Marée (qui comme son nom l’indique regroupe les poissons et les fruits de mer). Ca commence bien : c’est frais, c’est joli, ça donne plutôt envie même à 2h du mat. Je remarque que nous sommes les seuls à être affublés de façon ridicule…entre ça et nos appareils photos, on passe pas vraiment inaperçus, façon groupe de japonais devant le Chateau de Versailles.

2h55 : dégustation d’huîtres accompagnées d’un ptit blanc bien sympathique. No problemo, moi les huîtres au ptit déj, je kiffe.

3h : direction le pavillon des viandes. Changement d’ambiance radical : exit les jolis poissons, bonjour les carcasses de 800 kilos. Aujourd’hui ces pauvres bestioles sont suspendues à des crochets eux-mêmes fixés sur des rails ce qui permet de les balader. Mais à une époque tout ce petit traffic se faisait à dos d’homme. Si un type était capable de porter 200 kg sur 800 mètres, il pouvait devenir un “fort de Rungis”, en gros une bête de somme qui trimbale la barbac.

3h15 : Au vu des tâches de sang qui ornent les blouses de mes collègues, je commence à comprendre l’utilité de notre costume…

4h : rapide visite dans le pavillon des volailles, puis on arrive au clou du spectacle : le pavillon des produits tripiers. Et là, j’ai beau avoir le coeur bien accroché, à la vue (et l’odeur) des pieds de porcs, cervelles et intérieurs en tous genres, j’ai soudain envie de tourner végétarienne. Histoire d’enfoncer le clou, on a le droit à la démonstration de la confection de la tête de veau. D’abord le type déshabille la tête, d’un coup de couteau il retire toute la peau (et les oreilles et même qu’ils enlèvent les poils des oreilles, parce qu’il parait que c’est pas bon), puis il met la carcasse dans une machine, là t’entends un bruit d’os brisé absolument dantesque, il ouvre la boîte cranienne, récupère la cervelle, puis te fais un espèce de petit rôti avec la peau de la tête fourrée avec les abats. Plus jamais je ne regarderai mon boucher de la même manière…

           

4h50 : pause foie gras / pinard. Si tu crois qu’une petite tête de veau peut me couper l’appétit, tu te plantes petit.

5h30 : déjeuner dans un des restos de Rungis. Je m’attendais à un café et des croissants, mais ici c’est entrecôte, tête de veau ou saumon beurre maître d’hôtel. Petite joueuse, j’opte pour le saumon et déclare forfait pour le pinard.

6h15 : petit tour par les fruits et légumes, comparé aux tripes c’est un peu le pays de Candy. Passage express par le rayon francton.

           

6h45 : Encore une surprise! Pause fromage - Gewurztraminer. Le Maroilles, je suis pas d’attaque, mais le Gewurtz - garigette passe très bien!

7h : on finit par le pavillon des fleurs. Je m’attendais à un truc énorme, mais en fait c’est un peu vide. La faute aux Hollandais qui trustent le marché.

7h30 : on repart chacun avec une superbe gerbe de fleurs, le ventre plein et l’impression d’avoir passé une nuit unique.

Un très très grand merci à notre guide, tout simplement incroyable, aux deux personnes des Vins d’Alsace pour leurs explications et leur gentillesse et à Margo et Caro, nos deux GO pour cette nuit si particulière!

Si toi aussi, petit lecteur, tu veux visiter Rungis, sache que ton rêve peut devenir réalité. Plus d’infos ici : http://www.visiterungis.com/.